Mercredi 15 mars 2006 3 15 /03 /Mars /2006 20:08

Samedi 10 décembre 2005

 

Direction le Chouf, vers le Sud, toujours tout droit en longeant la côté. Passés la périphérie urbaine de Beyrouth et l’aéroport, de vastes cultures d’agrumes s’étendent sous mes yeux : citrons, oranges accompagnent les palmiers de la méditerranée. Dans la Mercedes d’Hassan, je repense  à la journée d’hier, aux somptueuses grottes de Jeita, à l’hypnotisme de Byblos. En passant Damour, ville détruite en 1976, puis la route principale vers l’Est, nous entrons dans les montagnes lumineuses du Chouf. Walid Joumblatt, le leader de cette région, porte un intérêt réel à la défense de cette nature omniprésente : oliviers, figuiers, vignes et de somptueuses forêts verdoyantes. L’ancienne capitale du Liban, Deir el Qamar, n’est qu’à une vingtaine de kilomètres de Beyrouth, et pourtant, à une distance suffisante pour changer totalement de décor. Ce village signifie en arabe, "Le couvent de la lune" parce qu’à l’époque phénicienne, ses habitant adoraient l’astre lunaire et lui avaient même érigé un temple. Aujourd’hui classée monument historique, Deir el Qamar possède pas moins de dix-sept églises (dont celle de Saïd-El-Tallé dédiée à la Vierge miraculeuse), la plus ancienne mosquée de la Montagne libanaise (1493, avec la particularité d’un minaret octogonal) et une synagogue, fermée. Derrière la fontaine al-Chalout, sur la place principale, se tient dans un petit palais sur plusieurs étages, l’Institut Culturel français et, juste à côté, un musée de cire dont les pièces exposées ont été fabriquées par le musée Grévin à Paris. Un guide nous dévoile les représentations figées des personnalités importantes du Liban : différents émirs, Rafic Hariri, l’ancien premier ministre, Emile Lahoud, le Président de la République, mais aussi le poète Lamartine, le général Charles de Gaulle et même Jacques Chirac.

 

Deux kilomètres plus loin, le château de Moussa fait figure de curiosité dans la paysage. Œuvre baroque comparable à la cathédrale du facteur Cheval, a été construit par Moussa el Maamari. En 1945, le jeune homme a 14 ans quand il se fait éconduire par une jeune femme aux qui ne souhaite se marier qu’avec un homme possédant un château. Relevant ce défi, le jeune Moussa se procure un terrain et construit son édifice pendant 35 longues années. Après la visite, un vieux monsieur d’une soixantaine d’années vient nous serrer la main, c’était Moussa lui-même. Le clou de l’attraction de cette partie du Chouf reste bien sur le palais de Beïteddine, autrefois nommé "le palais de l’émir Bachir", un bijou d’architecture orientale posé sur un éperon rocheux à 850 mètres d’altitude. Le guide du petit Futé reprend les impressions de Maurice Barrès, lors de sa visite en 1914 : "Au-dessus d’un profond ravin s’élève un des plus saisissants palais mauresques qu’il m’ait été donné de visiter. Je parcours ses jardins, ses salles, ses bains, ses galeries superposées, ses arcanes légères, ses patios où murmurent des fontaines, ses tours carrées et crénelées, les masses de verdure qui s’y mêlent. Le beau séjour somptueux ! Quelles sont les annales d’un tel lieu, à la fois prison, forteresse, harem, dont les jardins de buis et de cyprès respirent la mort et la volupté ?" Construit au début du XIXème siècle, le palais de Bachir II est depuis 1982 la résidence estivale des présidents de la République libanaise. Une première cour (Al Midân), assez vide, invite le visiteur à se diriger tout droit vers la seconde cour où, tout autour, s’enchevêtrent salles de réceptions, appartements privés, anciens bains traditionnels et, fermés par un grand portail de marbre polychrome, les anciens appartements privés de l’émir Bachir, dont  le somptueux Diwan, salle de conseil du souverain ou des ministres. Elle sert aujourd’hui à recevoir els grand schefs d’Etat, chaque été, lors du festival de Beïteddine rassemblant des grands artistes de jazz et d’opéra. Trois musées viennent compléter ma visite de ces lieux. Le premier à l’entrée est consacré à Kamal Joumblatt, homme politique et leader druze, puis, plus loin, le musée Rachid Karami présente une collection impressionnante d’objets libanais depuis la période antique. Enfin, dans les écuries, un dernier musée expose des mosaïques datant des Vème et VIème siècles et provenant de diverses églises.

 

Cette visite au royaume des mille et une nuit ne se termine pas ainsi, à juste deux kilomètres du palais, se dresse un autre joyau d’architecture : le Mir Amine Palace, palais converti en hôtel et restaurant. Si je devais retenir un lieu pour dîner, ce serait celui-ci. La cuisine libanaise y est délicieuse, peut-être que mon plaisir gustatif est décuplé par la vue imprenable sur les montagnes du Chouf, qu’un coucher de soleil, un narguilé à la pomme et une légère musique planante, finissent de m’emporter loin, très loin dans la rêverie. Le soir, le retour dans l’urbanisme de Beyrouth déconcerte quelques peu. Vers 22h00, je me dirige sur la rue Monnot, dans un quartier symbolique de la capitale où la jeunesse libanaise se retrouve autour d’une assiette ou d’un verre. Les bars et restaurants français, espagnols, italiens ne manquent pas dans cette rue en pente très animée. Je retrouve Hassan au fond d’une cour chaleureusement illuminée de bougies et d’ampoules jaune, quelques marches en colimaçon mènent au Celtic Irish Pub. Ambiance foot à l’intérieur avec un écran géant retransmettant un match, très suivi par certains clients. Les tables, les tabourets et le comptoir en bois, les drapeaux anglais et irlandais fixés sur les murs ainsi que les pintes jaune dorées et une musique pop so british me replongent au Royaume-Uni. Suis-je tombé dans une faille spatio-temporelle ? Non, les clients entre 20 et 30 ans parlent dans tous les sens, gesticulent, rient et boivent, une jeunesse libanaise mélangée, sans caractéristiques religieuses trop visibles. Druzes, musulmans, chrétiens, je souris un verre de vin rouge à la main devant cette assemblée hétéroclite qui se fout des conflits des bigots et autres extrémistes, ils veulent travailler, faire la fête, s’aimer, vivre.

 

Le lendemain matin – dimanche 11 décembre 2005

 

Avant de prendre l’avion, une dernière ballade sur le front de mer de Beyrouth s’impose, la Corniche, d’abord. Á 11h du matin, les Beyrouthins aiment se balader, flâner, profiter du soleil, faure un jogging, vendre des kaak, le pain local. La grotte aux Pigeons, îlots de calcaires, ressemblent aux roches d’Etretat sortant de la mer. Terre d’un passé prestigieux, d’un présent prometteur et d’un futur espérant, le Liban attache le voyageur et ne le laisse plus repartir, un des pays les plus fascinants du Moyen-Orient, remplis de trésors cachés, de métissage identitaire, culturel et spirituel, de francophonie palpable et d’une jeunesse pleine de vie. Quatre jours à la rencontre d’un peuple inoubliable. Un bijou des plus précieux qu’il faut préserver le plus possible après ces terribles années de guerre. Grâce à une jeunesse pleine de vie, grâce au tourisme renaissant, le Liban mérite une paix radieuse.

RabbA

Par RabbA - Publié dans : Around The World
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Vendredi 3 mars 2006 5 03 /03 /Mars /2006 14:09

Vendredi 09 décembre 2005

Vers 10h du matin, le soleil s’est laissé dépasser par les nuages menaçants et les averses continues. Sur la route de Faraya, je me remets de ma nuit à l’OM. Je ne savais pas qu’un whisky coca ici équivaut à cinq à Londres, les bruits de la circulation résonnent dans ma pauvre tête qui suit les virages, accélérations et freinages de la Mercedez d’Hassan. Il est écrit dans tous les guides qu’il ne faut pas quitter le Liban sans avoir visité les grottes de Jeita (www.jeitagrotto.com). D’habitude, en hiver, la montée des eaux oblige les autorités à fermer l’accès au public, mais cette année, plus chaude que d’habitude, les portes sont restées ouvertes. Une demi-heure plus tard, la découverte des lieux désenfume mon cerveau. Après un téléphérique qui nous emmène en haut de la montagne, nous parcourons 700 mètres da la galerie supérieure où les stalactites et les stalagmites par milliers semblent figés dans postures forçant notre admiration. Certaines stalactites (partant de la voûte vers le sol) atteignent plus de 7 mètres de longueur, une incroyable cathédrale d’œuvres naturelles s’offre aux visiteurs. L’ensemble est immense, magnifique, envoûtant, en se penchant du haut de la passerelle, je réalise la hauteur à laquelle nous sommes, une centaine de mètres facile. Un petit train nous attend en sortant et c’est au tour de la galerie inférieure, au pied de la montagne, de nous dévoiler ses trésors de calcaires, ce coup ci, dans des barques d’une dizaine de places. Pour préserver le site, tout type d’appareil photo est malheureusement interdit. Plus loin, à 46 kilomètres exactement de Beyrouth, se trouve la station de ski de Faraya, très prisée et confirmant le dicton touristique à propos du Liban estival : "Skiez le matin et nagez l’après-midi."

Nous reprenons la route de Beyrouth pour récupérer un ami d’Hassan, Roger, libanais en vacances et professeur de danse classique à Paris. Assez grand et fin, sa diction, professorale et drôle à la fois, accompagnée d’une légère exubérance, promet une visite de Byblos haute en couleur. Je ne suis pas déçu. À 37 km de la capitale en longeant la côte vers le Nord, la ville de Byblos, autrement nommée Jbeil, nous accueille bras ouverts. Il est déjà 18h00, le soleil décline. Nous nous dirigeons tout de suite vers la vieille ville, piétonne, en commençant par une promenade sur le petit port situé dans une crique naturelle et protégé par deux tours, dont l’une subsiste encore. Difficile de décrire l’atmosphère de cet endroit magique et historique. Face aux bateaux de pêcheurs garés dans la mer méditerranée, les petites guirlandes jaunes des terrasses des restaurants et bars éclairent l’allée courbée du port. Sur la gauche, le chemin en béton aménagé pour les promeneurs, irrite Roger. "Regarde moi ça !", me dit-il. "Le gouvernement aurait très bien pu laisser le chemin en l’état. Il va falloir que je revienne m’auto proclamer ministre du Patrimoine !" Nous rions mais il n’a peut-être pas tort, car toute l’architecture du sol au plafond de la vieille ville de Byblos est identique, les magnifiques bâtisses sont construites de pierres rectangulaires de couleur ocre. Mais le plus surprenant reste à venir. Au loin, on peut apercevoir le château des Croisés, posé au cœur de la partie antique de Jbeil. La petite rue menant au site est remplie d’arbres fleuris dépassant de hauteur les murs des propriétés. L’odeur serait presque enivrante, malheureusement, l’entrée menant à la partie ancienne de la ville est fermée d’un haut portail digne des vieilles demeures seigneuriales. Dommage, nous pouvons juste entrapercevoir cette parcelle de terre gardant les nombreux passages de civilisations aujourd’hui disparues. Donnant sur la mer, des huttes néolithiques (5000 ans avant Jésus Christ), des logis chalcolithique et une maison datant du Bronze ancien, à savoir 2900 – 2300 avant JC. Durant cette période, l’écriture apparaît, en raison des importants échanges commerciaux avec l’Egypte et la Mésopotamie. La ville prospère se développe, construit des résidences monumentales pour la bourgeoisie et des temples impressionnants, surtout celui de la déesse Hathor ou Baalat-Gebal, la Dame de Byblos. À travers le portail, je vois encore les six colonnes toujours debout de cet ancien monument. Des invasions successives vont ensuite déstabiliser la ville. Elle vit sous l’emprise des Hittites jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Ramsès II (1290 – 1224 avant JC), qui conclue un traité de paix avec les Hittites. C’est durant cette période qu’apparaissent les premiers documents utilisant l’écriture alphabétique proprement phénicienne, dotée de vingt-deux signes. Sur la droit, colonnades, rempart et de nombreuses ruines romaines témoignent de leur présence de 63 av JC à 330 ap JC. Enfin, face à nous, s’impose l’immense château des Croisés, 1108 ap JC. Nous nous dirigeons ensuite vers le cœur de la vieille ville, magasins de bibelots côtoient de minuscules chapelles et mosquées toutes plus anciennes les unes que les autres. On discute avec des libanais qui nous laissent regarder l’intérieur d’une mosquée vieille de plus de 1000 ans. Byblos, c’est tout ça, une histoire de rencontres des peuples et de leurs croyances, une ambiance très sereine… Le soir, je suis invité chez Hassan pour regarder à la télévision l’élection de Miss Lebanon avec trois de ses amis : Ali, rencontré la veille, Mohamed (alias Moody), ancien collègue et Rana, Druze. J’établis un contact super facile avec eux, d’une grande gentillesse, nous papotons en anglais du boulot, de tout et de rien. Rana a grandi en Angleterre et se destinait à une carrière de journaliste mais elle a préféré retourner vivre au Liban. Les paris quant à la gagnante vont bon train et à la fin du show, j’ai droit par Ali à une lecture divinatoire du mare de mon café. En bref,  il me dit que j’aurai deux entretiens, l’un en face à face et un second entouré de beaucoup de gens. Puis, il me demande poser mon pouce à l’intérieur de la tasse et de poser en même temps une question dans ma tête. Naturellement, Ali me donne la réponse, ne me demandez pas comment…

RabbA

Par RabbA - Publié dans : Around The World
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